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1938, 11-12 septembre – Jean Roy, 67 ans; Emma Potvin, 64 ans; Mme Alfred Roy, 40 ans; Mathias Roy, 12 ans; Andy Ripka, 33 ans; et M. A. McNeil, 37 ans

  • 26 déc. 2024
  • 5 min de lecture


Homicide motivé par des gains relatifs aux assurances et à l’héritage – par incendie

Rimouski, hôtel des Vagues – 1 SC

Élisée Roy, condamné à mort; plaide coupable à son 2e procès. Roland Dallaire et Émile Lessard accusés en 1941...

            Dans la nuit du 11 au 12 septembre 1938, un violent incendie a détruit l’hôtel des Vagues, près de Rimouski. Parmi les 17 personnes qui y logeaient, 6 ont perdu la vie. Ces victimes étaient Jean Roy, 67 ans, et son épouse Emma Potvin, 64 ans; Mme Alfred Roy, leur belle-fille de 40 ans; Mathias Roy, 12 ans; Andy Ripka, 33 ans de Saint-Jean au Nouveau-Brunswick; et M. A. McNeil, 37 ans, de Sydney en Nouvelle-Écosse. Ripka et McNeil sont décédés après leur transport à l’hôpital. Jean Roy et son épouse étaient les parents d’Élisée Roy, le propriétaire de l’hôtel.

            Parmi les blessés on comptait également Mlle Almi Roy, 34 ans, et Mlle Gladys Barthlet, 23 ans, toutes deux brûlées au visage. Un dénommé William Potvin s’est blessé à la hanche en sautant du 2e étage. Quant à Élysée Roy, le propriétaire de l’établissement, on le disait blessé aux mains puisqu’il avait dû enfoncer une fenêtre. « L’Hôtel des Vagues, une construction de trois étages, comprenant 16 chambres, avait été érigée l’an dernier. Il était construit de bois. […] Le propriétaire de l’hôtel, H. Élysée Roy, a raconté que lui et le gérant de l’hôtel, M. Herménégilde Girard, s’étaient couchés vers trois heures et trente. Tous deux ont été éveillés par la fumée qui se dégageait du brasier. Il était alors quatre heures moins cinq. M. Girard a déclaré, de son côté, que lorsqu’il s’est couché, tous les pensionnaires étaient aussi couchés. Il a fait le tour de l’hôtel et n’a rien vu d’anormal. »[1]

            L’enquête a déterminé que l’incendie était criminel et Élisée Roy a été accusé de meurtre dans le but d’empocher l’argent de l’assurance. Son procès s’est déroulé du 26 au 31 mai 1941 à Rimouski devant le juge Lucien Cannon. Les avocats de la Couronne étaient Me Bienvenue et Me Amédée Caron. Le 30 mai 1941, Roland Dallaire[2], que les journaux décrivaient comme un présumé complice de Roy, a témoigné à l’effet que « Ledoux m’a éveillé et m’a dit « c’est le temps de mettre le feu. » Je suis alors descendu à la cuisine, j’ai vidé de la gazoline sur les vadrouilles et les balais. M’étant ensuite rendu à ma chambre, j’ai crié « au feu! », tel que convenu. »

            Alma Roy, sœur de l’accusé, a dit à la barre que son frère avait refusé l’offre de Ledoux de mettre le feu. Roland Dallaire a raconté être arrivé à Rimouski le 9 juillet 1938 et que Ledoux lui avait demandé de devenir son apprenti forgeron pour le fer ornemental. Il affirmait ne pas être au courant des affaires qui pouvaient se tramer entre Roy et un certain Lessard. Après avoir logé à l’hôtel jusqu’au 10 août 1938, il s’était installé chez Thomas Perron à Rimouski. Questionné par la Couronne à propos de la nuit de l’incendie, il dira que « j’étais dans la salle d’entrée de l’hôtel, vers 4h30 quand Ledoux m’a demandé de monter dans ma chambre.  Quand je suis arrivé, Roy était là. Ledoux lui a demandé de faire sa proposition, sur laquelle Roy a répondu : « je connais un moyen de vous faire faire 1 000$ facilement ». »[3] C’est alors que Roy lui aurait expliqué qu’il fallait détruire l’hôtel. Roy serait allé jusqu’à chercher les polices d’assurance pour les montrer à Dallaire, et Ledoux d’ajouter que ces polices avaient été prises récemment. Roy aurait alors dit « si vous ne voulez pas le faire, j’aurai quelqu’un d’Edmundson pour le faire. »

            Toujours selon Dallaire, Roy lui aurait fait cette proposition à quatre reprises avant qu’il accepte, le 9 septembre. « J’ai pris une canistre [sic] de gazoline à la chapelle et je l’ai apportée dans l’armoire de la cuisine de l’hôtel. Le soir, je suis monté vers minuit et demi, et je suis arrêté à la chambre de bain. Quand je suis sorti, Roy et Ledoux étaient à la porte et causaient du feu. Ledoux disait à Roy de ne pas mettre le feu ce soir-là. Roy répondit : « il y a assez longtemps que ça traîne, il faut en finir, il faut que ça [se] passe ce soir. » Je suis allé me coucher dans la même chambre que d’habitude. J’ai dormi, Ledoux m’a éveillé et m’a dit c’est le temps, car je devais mettre le feu 1-4 heures après que tout le monde fut couché. Je suis descendu dans la cuisine, ai vidé de la gazoline sur les vadrouilles et les balais. Je suis alors monté dans ma chambre, ai attendu un peu, et j’ai crié « au feu! Au feu! » C’était le signal que je devais donner à Roy pour qu’il réveille les personnes qui étaient dans l’hôtel, je devais crier deux fois. »

            Peu après, Dallaire avait vu Roy en train de chercher une échelle en compagnie de Girard.  Afin de prouver la préméditation, il a prétendu que Roy était venu le voir à la forge pour lui demander de copier l’inventaire à la machine à écrire pour ensuite mieux présenter la réclamation aux assureurs. Dallaire a dit ne jamais avoir été payé par Roy et qu’il s’attendait plutôt à se faire arrêter. Dallaire, qui a avoué avoir connu Ledoux au pénitencier de Saint-Vincent-de-Paul, a aussi expliqué avoir quitté Rimouski le 18 octobre 1938. « Dallaire a fait de l’école de réforme à l’âge de 16 ans; il a été arrêté pour tentative de vol en 1931; il a volé une automobile en 1935; il a commis un vol à main armée ($237.00) et a été condamné à trois ans de pénitencier, c’est alors qu’il a pris le nom de Rodolphe Desjardins. »[4] Dallaire a dit avoir menti au moment de témoigner à l’enquête du coroner en 1938 alors que maintenant il disait la vérité.

            C.-A. Beaupré a déposé une déclaration écrite par Roy le 11 août 1940 et dans laquelle l’accusé avait écrit à Émile Albert pour lui demander « de remettre à M. Beaupré les couvertures qu’Émile Albert avait rapportées avant le feu, il disait que c’était dans son intérêt. »[5] Le procès a également mis en preuve que Roy avait accumulé une dette de 8 000$ alors que son hôtel était évalué à 2 600$ et sa salle de danse à 1 000$. Les témoins les plus incriminant appelés par la Couronne étaient cependant des hommes de mauvaises réputations et avec un lourd passé criminel. Toutefois, la Couronne a démontré que ce n’était pas avec des gens respectables qu’on arrivait à mettre sur pied une telle machination.

            Une quinzaine de jours avant l’incendie, Roy s’était confié à sa sœur à propos de ses intentions malhonnêtes tandis que le 11 septembre il s’était chargé de mettre à l’abri des couvertures et de l’argenterie. Finalement, il s’était contenté d’un paiement de 6 825$ de l’assurance alors qu’il aurait pu avoir droit à 12 000$. Dans sa plaidoirie, Me Bienvenue s’est attaqué à la mauvaise réputation des témoins, en plus de souligner les contradictions avec leurs versions livrées à l’enquête du coroner. Puisque les plaidoiries se sont terminées tard en soirée, le juge a attendu au lendemain, 31 mai, pour livrer ses directives au jury. Celui-ci a condamné Roy pour meurtre, ce qui a obligé le juge Cannon à prononcer la sentence de mort en fixant la date de la pendaison au 12 septembre 1941.

            En octobre 1942, Roy a eu droit à un second procès. Toutefois, dès le début des procédures, devant le juge Albert Sévigny, il a plaidé coupable pour homicide involontaire. Ainsi, la justice l’a condamné à l’emprisonnement à perpétuité.[6]



[1] L’Action Catholique, 12 septembre 1938.

[2] On le disait âgé de 27 ans et originaire de Sudbury en Ontario.

[3] L’Action Catholique, 31 mai 1941.

[4] L’Action Catholique, 31 mai 1941.

[5] Ibid.

[6] Le Progrès du Golfe, 13 novembre 1942. Probable qu’il ait plaidé coupable pour éviter la peine de mort.

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