1945, 15 novembre – Aldéric Brodeur, 83 ans
- 31 déc. 2024
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Homicide situationnel envers une personne âgée – Objet contondant (bâton)
Montréal, 6649 rue Iberville – 1 SC
Edsel Harris, pendu; et Liane Labelle, tenue criminellement responsable par le coroner, aucun autre développement connu.
C’est en travaillant pour un dénommé Dubois qu’Edsel Harris a fait la rencontre de Liane Labelle, avec qui il a sorti durant huit mois. Lorsqu’il a été engagé ailleurs, il s’est mis à fréquenter une autre jeune femme du nom de Germaine Audet. Malgré cela, il continuait de voir Liane. Peu de temps après, il s’est retrouvé sans emploi, ce qui a grandement affecté sa situation personnelle. À l’approche de la période des Fêtes, Liane lui fournissait tout ce dont il avait besoin pour vivre, mais il lui a confié que son grand-père, qu’elle détestait, transportait beaucoup d’argent sur lui. Avec l’accord de Liane, sous promesse de ne pas lui faire de mal, Harris prit la décision de s’attaquer au vieil homme de 83 ans afin de lui voler son argent. Connaissant les habitudes d’Aldéric Brodeur, Harris est resté caché dans un hangar durant une trentaine de minutes avant que Liane vienne le trouver. Celle-ci l’a félicité d’avoir eu l’idée de dévisser une ampoule afin de plonger le secteur dans la noirceur, ce qui leur donnerait un autre avantage sur le vieil homme. La jeune femme a alors informé son amant que son grand-père écoutait une de ses émissions favorites à la radio.
Finalement, Brodeur s’est présenté en compagnie de son chien. Plus tard, Harris dira dans ses aveux : « je me suis retrouvé face avec lui. Je lui ai donné un coup de bâton sur la tête et il est tombé. Il a voulu se relever mais j’ai sauté dessus et je me suis sauvé avec les 140$ qu’il portait sur lui. Il m’avait reconnu en rentrant car il m’a demandé : que fais-tu là? Mais il s’est avancé quand même. »[1]
Immédiatement après avoir tué le grand-père de sa copine, Harris s’est rendu jouer une partie au Bowling Central. Il s’est également payé un paletot et un complet avant d’aller faire un billard à la salle Laval et finalement une partie de cartes au 1017 rue Sainte-Catherine Est. Dans la déclaration qu’il a fait aux enquêteurs après son arrestation il a insisté pour affirmer qu’il n’avait jamais eu l’intention de tuer l’octogénaire.
Le procès de Harris s’est déroulé du 11 au 13 mars 1946 au palais de justice de Montréal devant le juge Wilfrid Lazure. Il était défendu par Me Alex Chevalier et Me Jean Drapeau. La confession de l’accusé a été admise en preuve et lue devant les jurés par le capitaine-détective Georges Alain.
Le jury a délibéré une dizaine de minutes avant de revenir avec un verdict de culpabilité. En écoutant le juge prononcer la sentence, Harris a esquissé un léger sourire alors que son frère pleurait dans l’assistance. La Cour d’appel a rejeté la requête des criminalistes. Au matin du 23 août 1946, Harris s’est adressé à Liane Labelle, à ses gardes et à l’abbé A. Caron pour leur confier : « je suis plus chanceux que vous car je verrai bientôt des choses que vous n’avez jamais encore vues ». Pour sa part, le coroner Pierre Hébert dira que « jamais dans ma longue expérience des exécutions capitales, ai-je vu un prisonnier se comporter avec autant de calme que ce jeune homme de 19 ans en présence de la mort. Harris s’est dirigé de lui-même vers l’échafaud sans l’aide de personne et il ne manifesta aucun signe de nervosité à aucune période de l’exécution. »[2]
[1] La Patrie, 13 mars 1946.
[2] La Patrie, 23 août 1946.



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