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1953, 17-19 février - Marie-Paule Langlais, 23 ans

  • 29 oct. 2024
  • 5 min de lecture
Homicide domestique par un conjoint non suicidaire – Objet contondant (bâton de baseball) – Arme blanche (32 coups de couteau) – Mise en scène – Surpuissance
Montréal, rue Des Épinettes/Île-Bizard/Rawdon – 3 SC
Roland Genest, son amant de 27 ans, pendu.
            Le 17 février 1953, Roland Genest, 27 ans, accompagnait sa maîtresse de 23 ans, Marie-Paule Langlais, jusqu’à la municipalité de Saint-Jean-de-Dieu pour permettre à celle-ci de rendre visite à l’une de ses sœurs. En fin d’après-midi, le couple est revenu à Montréal pour se rendre à leur garage de la rue Des Épinettes. C’est alors qu’une dispute a éclaté au sujet de bagages que Genest souhaitait mettre dans son auto. Selon les aveux qu’il a fait par la suite, Marie-Paule aurait saisi un bâton de baseball pour tenter de le frapper mais il serait parvenu à la désarmer pour retourner l’arme contre elle. Croyant qu’elle était morte, il l’a dévêtu pour la déposer « dans une cuvette, qu’il plaça à l’arrière de son automobile. Après avoir essuyé le sang dans le garage, il se dirigea vers l’île Bizard. Rendu dans un bois, il y déposa le corps de sa victime qui respirait encore. Genest l’acheva avec 32 coups de couteau. Pour faire disparaître toutes les marques d’identité, il lui enleva son jonc et sa bague. Une fois sa triste besogne finie, Genest alla manger et se coucher, rue Delorimier. »[1]
            Le lendemain, il s’est rendu dans un champ de Rawdon pour y brûler les vêtements de Marie-Paule et jeter les autres articles ayant appartenu à sa victime aux quatre coins de la ville. Le corps a été découvert le 19 février, partiellement enfoui sous la neige. Les enquêteurs ont tenté de l’identifier par ses empreintes digitales, mais les fiches de la GRC ne contenaient aucune trace de cette inconnue. On a publié sa photo dans les journaux et c’est ainsi qu’une mère et deux de ses filles se sont présentées à la morgue. Elles ont identifié formellement la morte comme étant Marie-Paule Langlais. Aussitôt, les enquêteurs se sont intéressés à son petit ami. Quarante-huit heures après son arrestation, il confessait son crime. Selon l’auteur Dale Brawn[2], Genest serait passé aux aveux après avoir été battu par un policier. Toutefois, cet argument a régulièrement été utilisé au milieu du 20e siècle par les criminalistes qui cherchaient à tout prix à faire acquitter leur client.
            Le procès de Genest s’est ouvert le 19 mai 1953 au palais de justice de Montréal devant le juge Wilfrid Lazure. La défense était assurée par Me Léonard Trépanier alors que la Couronne était représentée par Me John Bumbray. Le Dr Jean-Marie Roussel de l’Institut médico-légal de Montréal a témoigné à l’effet que le crâne de la victime « avait été enfoncé en plusieurs endroits par un objet lourd et que le corps lui-même portait la trace de plusieurs coups de couteau. »[3] Au matin du 20 mai, le juge Lazure a accepté en partie seulement les aveux que Genest avait faits aux policiers à 1h30 dans la nuit du 25 février, au cœur des quartiers généraux de la Sûreté provinciale, rue Notre-Dame est. C’est en se basant sur un jugement de la Cour Suprême qu’il a rejeté une requête de Me Trépanier « qui demandait que la confession du prévenu soit acceptée in toto ou rejetée in toto. »[4] Le détective Ubald Legault est ensuite venu raconter qu’au matin du 24 février Genest lui avait fait une première déclaration au cours de laquelle il avait expliqué s’être querellé avec sa maîtresse « qui l’accusait d’avoir flirté avec d’autres femmes à la descente de l’autobus où l’attendait Genest après son travail. » Selon cette déclaration, Marie-Paule l’aurait ensuite quitté en colère. Il ne devait plus jamais la revoir, disait-il.
Une douzaine d’heures après avoir livré sa première version, Genest était revenu sur certains détails en livrant des aveux complets en présence de Legault et du détective Merrill Lawton. Les policiers avaient alors compris qu’il fréquentait Marie-Paule depuis 1950 et que le couple avait cohabité au 4445 avenue Delorimier. « Dans sa confession, il affirma qu’il aimait mieux son épouse légitime, mais qu’il fréquentait Marie-Paule Langlais pour se distraire, car son épouse n’aimait pas à sortir. »[5] Il n’en était pas à sa première dispute avec sa victime puisqu’il a admis qu’un jour il l’avait saisi à la gorge pour tenter de l’étouffer.
À 10h00, au matin du 21 mai, Me Léonard Trépanier, l’avocat de Genest, commençait sa plaidoirie en expliquant que son client avait agis dans « un moment de folie furieuse provoquée par les injures et les coups de la victime. »[6] Il a rappelé que la propre mère de la victime avait témoigné à l’effet que Marie-Paule Langlais avait un caractère difficile. Sans doute pour sauver la vie de son client, il a tenté de démontrer l’absence de préméditation en plaidant la folie passagère. Après sa plaidoirie, qui s’est échelonnée sur une quarantaine de minutes, Me Trépanier a cédé sa place au procureur de la Couronne, Me John Bumbray. Le jury a délibéré quelques minutes avant de revenir avec un verdict de culpabilité. Le juge a donc fixé l’exécution au 28 août. Lorsque le juge lui a demandé s’il avait quelque chose à déclarer, Genest a simplement répondu « non. »
            Le 28 août 1953, le jour même où La Patrie annonçait la mise en accusation de Wilbert Coffin dans le triple meurtre des chasseurs américains en Gaspésie, Genest était pendu. Il « est monté sur l’échafaud à 1h05, ce matin, et la trappe fut ouverte deux minutes plus tard. À 1h20, il fut déclaré mort, et la corde fut coupée. À la prison de Bordeaux, les autorités rapportent que Genest dans un silence complet, a gardé une maîtrise parfaite et n’a manifesté aucune nervosité. Peu après minuit, Genest fut conduit de sa cellule, à son dernier repas, puis à la chapelle où il entendit la messe. Il reçut la Sainte Communion et les derniers sacrements de l’abbé Jeannotte, chapelain de la prison. Genest a aussi admis au cours de son procès qu’il avait agi comme complice dans le meurtre de son épouse, Rita, en 1951. Genest a dit dans une confession signée devant des policiers provinciaux lors de son arrestation que Mlle Langlais avait tué sa femme sur son instigation, avec une barre de fer. » [Voir 1951, 29 mai – Rita Genest]
            En 2013, dans Practically Perfect, Dale Brawn rappelait que l’histoire de Genest était complexe. Avant même d’être pendu pour le meurtre de sa maîtresse, il avait poussé celle-ci à tuer sa femme, Rita René (Genest), le 29 mai 1951.[7] Genest aurait confié aux policiers avoir d’abord voulu mettre un terme à sa relation extra-conjugale mais que sa maîtresse s’était finalement portée volontaire pour assassiner Rita. C’est lui, cependant, qui avait acheté une barre de fer et remit les clés de son appartement à Marie-Paule. Celle-ci s’était ensuite chargée de battre Rita à mort avant d’incendier le logement, comme le lui avait conseillé son amant. En dépit de la destruction causée par le brasier, les experts appelés à l’enquête du coroner avaient déterminés que Rita avait subi des fractures du crâne. De plus, il n’y avait aucune trace de dioxyde de carbone dans son sang. Les détectives n’ayant aucun indice pour orienter leur enquête, la mort de Rita René était demeurée une affaire non résolue.[8]


[1] La Patrie, 28 août 1953.
[2] Dale Brawn, Practically Perfect, 2013.
[3] La Patrie, 28 août 1953.
[4] La Patrie, 20 mai 1953.
[5] Ibid.
[6] La Patrie, 21 mai 1953.
[7] Roland Genest et Rita René se sont mariés le 26 avril 1947. Genest était décrit comme un apprenti-soudeur né le 25 avril 1926. Née le 6 août 1927, Rita travaillait comme opératrice.
[8] On pourrait être tenté de croire que le meurtre de Rita Genest a été résolu puisque Roland Genest a fait des confessions à cet effet, mais il n’a jamais été jugé pour ce crime. Sans procès, l’affaire reste officiellement non résolue.

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