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1957, 24 décembre - Maria Charest Casavant, 51 ans

  • 3 nov. 2024
  • 5 min de lecture


Homicide commis lors d’un vol – Arme à feu
Montréal, 6629 rue Alma – 2 SC
Pierre Patenaude, condamné à mort, sentence commuée; Maurice Lavigne et Raymond Arbour plaident coupables pour homicide involontaire.
            Le 24 décembre 1957, deux heures avant la messe de minuit, Fernand Sévigny, un garçon de 11 ans, entrait dans la petite épicerie du 6629 rue Alma à Montréal, tenue par Maria Charest Casavant, une femme de 51 ans. Fernand venait y acheter de la boisson gazeuse. Le garçon a d’abord été étonné de n’y voir personne. Peu de temps après, deux autres clients, Gérald Poirier, 29 ans, et Wilfrid Lafond, 55 ans, entraient à leur tour. Tous les trois ont attendu un moment que Mme Casavant vienne les accueillir. Poirier, qui voulait un carton d’allumettes, s’est finalement étiré le bras pour en saisir un paquet. C’est à ce moment qu’il a vu le corps de la commerçante derrière son comptoir.
À 22h35, les policiers André Thiffault[1] et Pierre Laberge arrivaient sur les lieux à bord de la voiture de patrouille 361. En voyant le cadavre, dont le visage était couvert de sang, ceux-ci ont contacté l’escouade des homicides. Les détectives Guy Francoeur et Marcel Saint-Pierre ont constaté que la victime avait reçu une balle dans la tempe gauche. On présumait alors l’existence de deux braqueurs puisque sur le comptoir se trouvaient encore deux bouteilles ouvertes, une de marque Coke et l’autre à l’effigie de Pepsi. De plus, on a retrouvé la somme de 54.37$ dans le tiroir-caisse et 146.30$ à différents endroits dans le commerce, ce qui laissait croire que les assaillants étaient partis rapidement sous l’effet de la panique. La victimologie a permis d’apprendre que Mme Charest, épouse de Jean-Paul Casavant, habitait seule un logement situé derrière ce commerce qu’elle tenait depuis 6 ans. Bien que mariée, elle vivait séparée depuis 2 ans, alors que ses parents résidaient à Saint-Flavien de Lotbinière.
            Le lendemain de Noël, l’autopsie, effectuée par le Dr Rosario Fontaine, a permis de retrouver dans le crâne de la victime une balle de revolver de calibre inconnu, celle-ci étant trop déformée pour être identifiée positivement. « Le Dr Fontaine ajouta que la poudre qui entourait la blessure signifiait que la femme avait été tirée à bout portant, soit à une distance ne dépassant pas 10 pouces. »[2] Le fait de penser que deux braqueurs « professionnels » n’auraient normalement pas eu besoin de tirer sur une femme a orienté l’enquête vers de possibles amateurs. L’incident a été l’occasion pour Allô Police de rappeler le meurtre d’un autre commerçant de Rosemont survenu le 7 décembre 1956 et qui n’avait toujours pas été résolu [1956, 7 décembre - Félix Motard].
            C’est seulement huit mois plus tard que la police a déniché une piste intéressante lorsque le détenu Maurice Lavigne a fait des aveux depuis sa cellule en fournissant les noms de Pierre Patenaude et Raymond Arbour. Lors de l’enquête du coroner, les trois hommes ont été reconnus criminellement responsables de la mort de Mme Casavant. Me Raymond Daoust s’est porté à la défense du jeune Arbour et a demandé au juge Lazure de faire des procès séparés parce que les deux accusés allaient présenter une défense contradictoire. Patenaude, 23 ans, a donc été le premier à subir son procès le 2 décembre 1958 au palais de justice de Montréal devant le juge Wilfrid Lazure. Puisque l’accusé était sans le sou, on lui a commis d’office Me Cyrille Gagnon, qui en était à sa première cause de meurtre en carrière. La Couronne, quant à elle, était représentée par les procureurs Me Raphaël Beaudette et Me Peter Shorteno.
Le juge Lazure a qualifié ce drame comme « une histoire malheureuse, simple et triste; l’histoire lamentablement banale mais combien terrible d’un hold-up! ». Les jurés ont appris que le 24 décembre 1957, vers 18h00, Patenaude, qui a témoigné pour sa défense, s’était rendu dans une taverne pour consommer quelques bières. Arbour, attristé par une récente peine d’amour, l’y avait rejoint peu après. Les deux chômeurs déprimés avaient continué de s’apitoyer sur leur sort en sifflant des bières jusqu’à 21h30, heure à laquelle ils s’étaient rendus au restaurant Chez Margot, au coin des rues Beaubien et Saint-Dominique. Là-bas, ils ont consommé des spiritueux avant de rencontrer Lavigne, qui leur a parlé d’une « job. » Arbour a raconté devant le juge que ce qui s’était passé ensuite « c’est vague ». Par exemple, il ignorait d’où venait le revolver. Pourtant, Patenaude a affirmé qu’en dépit de son ivresse avancée il se souvenait que Lavigne les avait invités à son appartement du 163 rue Burelle pour leur montrer un revolver de calibre .38 qu’il disait être chargé à blanc. C’est aussi Lavigne qui aurait remis l’arme à Patenaude. À pieds, les trois individus s’étaient rendus au coin des rues De Gaspé et Bellechasse. Après avoir écarté la possibilité d’un premier commerce en raison de la présence de plusieurs clients, Lavigne avait suggéré celui de la rue Alma. Ce dernier était entré brièvement pour reconnaître les lieux, déclarant à sa sortie que Mme Casavant « ne m’a pas reconnu. »
            Patenaude et Arbour entraient à leur tour, commandant d’abord un Coke et un Pepsi. « Mais Arbour prit alors peur. Il ne voulait plus aller jusqu’au bout et tenta alors de faire comprendre à Patenaude de ne rien faire. En langage du milieu, il était en train de se dégonfler. Patenaude, beaucoup trop nerveux lui-même, ne remarqua pas ces signes et sortit son arme. Pointant le canon en direction de la tête il lança à la restauratrice : « c’est un hold-up. Donnez-moi votre argent ». »[3] Mme Casavant a répondu qu’elle n’en avait pas, alors Arbour a fait quelques pas pour contourner le comptoir. C’est à ce moment précis que le coup de feu serait parti. Paniqués, les deux apprentis braqueurs avaient pris la fuite sans prendre un seul billet, comme l’avait compris les enquêteurs en étudiant la scène de crime.
            C’est à la demande de Lavigne que Raymond Boisclair, 22 ans, avait stationné sa voiture non loin de là. Lavigne l’avait informé qu’il devait attendre Patenaude et Arbour, qui s’étaient absentés pour « une commission ». Les deux jeunes hommes s’étaient engouffrés dans son auto pour lui demander de démarrer à toute vitesse. « Il a tué une femme », a lancé Arbour. Pendant que Patenaude répétait qu’il n’était pas un assassin, Boisclair leur suggérait de se rendre à la police, mais cette option a aussitôt été écartée. Finalement, c’est sous les indications de Lavigne que l’arme a été retrouvée, sous la galerie de ses parents.
Selon Allô Police, Lavigne, au moment de venir témoigner, a produit un effet « extrêmement désagréable » sur l’ensemble de la Cour. Le juge Lazure l’a d’ailleurs déclaré témoin hostile, une procédure permettant au procureur de mettre son propre témoin en contradiction avec ses déclarations. D’après la description faite par l’un des détectives, le mécanisme de l’arme utilisé aurait été à simple action. L’avocat de l’accusé a tenté d’amenuiser la gravité du geste en plaidant l’ivresse et il a demandé un verdict d’homicide involontaire. Pour sa part, la Couronne, en vertu de l’article 202 du Code criminel, a prêché pour un verdict de meurtre puisque le fait de commettre un cambriolage avec une arme à feu impliquait le fait que son auteur devait savoir qu’il pouvait causer la mort de quelqu’un. Cette dernière théorie sera finalement retenue par les jurés, qui ont délibéré toute une nuit. Lorsque le juge Lazure a prononcé la sentence de mort, la mère de Patenaude, assise dans la salle, a fondu en larmes. Peu après, sa sentence a été commuée en emprisonnement à vie.
Maurice Lavigne et Raymond Arbour ont accepté de plaider coupables à des accusations réduites d’homicide involontaire. Tout comme Patenaude, ils ont pris le chemin du pénitencier Saint-Vincent-de-Paul.

[1] Thiffault portait le matricule 1931 et son collègue Laberge le 1402.
[2] Allô Police, 5 janvier 1958.
[3] Allô Police, 14 décembre 1958.

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