1914, 30 septembre – Jules; et René Lavergne, 20 ans
- 6 déc. 2024
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Meurtre par vengeance – Arme à feu
Montréal, 360 rue Saint-Denis – 1 SC
J.-Napoléon Laprès, jugé inapte.
J.-Napoléon Laprès était un photographe réputé dans la région de Montréal. Il partageait un studio au 360 rue Saint-Denis avec un certain Jules Lavergne. En 1902, La Patrie écrivait à leur sujet que les deux associés méritaient leur renommée en raison de « leur exquise urbanité et à leur grand sens artistique. » Quelques années plus tard, leur association devait prendre fin lorsque Laprès, pour une raison qu’on ignore, a vendu sa part du studio à son associé. Selon une version, Laprès n’aurait pas accepté que son ancien partenaire utilise toujours son nom sur l’affiche du commerce. On croit que le nom de Laprès était plus « vendeur » que celui de Lavergne.
Le 30 septembre 1914, Jules Lavergne se trouvait dans les bureaux du célèbre studio montréalais, en compagnie de son fils René, 20 ans, ainsi que quelques employés. D’après un article publié dans La Patrie au lendemain du drame, il était à peu près 15h00 lorsqu’Armand Labelle, un employé du studio, a pris un appel téléphonique. Au bout du fil, quelqu’un lui a demandé de faire le message à Jules Lavergne de rester au commerce jusqu’à 17h00 puisqu’une femme souhaitait l’y rencontrer. À l’heure prévue, ce n’est cependant pas une cliente qui s’est présentée à l’atelier, mais J.-N. Laprès lui-même. Selon un autre employé du nom d’Émile Fortier, Laprès aurait alors dit : « enlevez mon nom de l’enseigne de votre établissement. » Lavergne a répliqué qu’il avait payé 4 000$ pour avoir le droit de continuer d’utiliser le nom de son ancien partenaire, ajoutant : « vous n’avez rien à faire ici. Ne m’importunez pas. »
Laprès a alors offert de racheter son nom, mais Lavergne a refusé en spécifiant qu’il n’avait pas l’intention de vendre son atelier. C’est à ce moment que Laprès a lancé : « dans ce cas, vous ne vivrez pas assez longtemps pour en jouir. » Au même instant, Laprès a sorti deux armes de poings de ses poches, et a ouvert le feu sur René Lavergne et Fortier. Ce dernier n’a pas été touché, tandis que le jeune homme de 20 ans s’est effondré en disant : « je suis blessé à mort ».
Pendant ce temps, Jules Lavergne tentait de se réfugier dans la chambre noire et un combat au corps à corps s’est amorcé entre lui et le tireur. Lavergne a réussi à le désarmer de l’un de ses revolvers, mais deux balles ont fini par s’engouffrer sous sa peau. Il s’est traîné un peu avant d’aller mourir sur le balcon arrière du studio. « Quelques secondes après une dernière détonation était entendu et M. Laprès était blessé d’une balle qui lui traversait les chairs de la poitrine et se logeait sous son aisselle gauche. »[1] Cette balle était-elle le résultat d’une tentative de suicide?
À l’arrivée d’un constable, René Lavergne a désigné l’ancien associé de son père en disant : « voici l’homme qui nous a tirés mon père et moi. » René a été opéré le 7 octobre par le Dr Bazin, assisté du Dr Wilfrid Derome, qui venait tout juste de fonder son laboratoire de médecine légale à Montréal. Après l’intervention, René a obtenu son congé de l’hôpital. Il est retourné vivre avec sa mère, au 223 rue Durocher à Montréal. Malheureusement, sa blessure s’est infectée et il est mort le 23 octobre. Il était fils unique.
Le 24 octobre 1914, le surintendant de l’Hôpital général de Montréal, le Dr Bourne, écrivait au coroner Biron pour l’informer, en anglais, que « René Lavergne, 222 Durocher St., a été admis à l’hôpital dans la soirée du 30 septembre 1914. » Il portait une plaie d’entrée près de sa clavicule gauche mais aucune plaie de sortie. Le projectile a été retrouvé dans la colonne vertébrale, celle-ci ayant été sectionnée. Si René avait survécu, il n’aurait jamais retrouvé l’usage de ses jambes.
Le 11 mars 1915, La Patrie annonçait que le procès de Laprès n’aurait pas lieu avant le prochain terme des assises. Me Charles A. Wilson, qui défendait Laprès, avait déjà annoncé ses couleurs en disant qu’il avait l’intention de plaider l’aliénation mentale. Il semble qu’il n’y ait jamais eu de procès. On pense que Laprès a été considéré inapte et qu’il a été confié à une institution psychiatrique.
[1] La Patrie.
Enquête du coroner:





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