1918, 22 avril – Giovanni Bettiol
- 8 déc. 2024
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Homicide argumentatif – Battu à mort – Arme blanche (hache) – Arme à feu
Montréal, rue Vitré/2 ruelle Raymond - 2 SC
Guiseppe « Joseph » Neuccera, pendu; Antonio Fuda, acquitté.
Le 22 avril 1918, on a découvert le corps de Giovanni Bettiol, 54 ans, dans la cave d’une maison abandonnée située au numéro 2 de la ruelle Raymond, à Montréal. Son corps portait les traces de nombreux coups de couteau. Ses goussets avaient été retournés, ce qui indique que le vol pourrait être le mobile. On lui avait même volé ses chaussures et son chapeau. Toutefois, on lui avait laissé son couteau, une carte d’identité du consul italien et un livre de banque.
Selon des témoignages entendus devant le coroner, c’est à la suite d’un vol dont Bettiol a été victime qu’une querelle est survenue entre lui et « Lugera » [Neuccera?]. Les deux hommes se sont battus dans la maison du 32 rue Vitré pour ensuite se retrouver dans la cour. C’est là que Bettiol est tombé, blessé d’un coup de hache donné par Lugera. Futera [Fuda?] a ensuite déchargé son revolver à trois repises sur Bettiol. On ne sait pas trop pourquoi, mais le corps de Bettiol a finalement été transporté dans cette cave de la ruelle Raymond.
Les 6 et 7 juin 1918, c’est au palais de justice de Montréal, devant le juge Horace Archambault, que Joseph Neuccera et Antonio Fuda ont subi leur procès pour le meurtre de Giovanni Bettiol. Le procès a fini par déterminer que si Fuda se trouvait sur la scène de crime il n’avait cependant pas pris part à l’action. « Ce qui a fait croire qu’il était complice, c’est son voisinage avec Neuccera et les visites fréquentes que ce dernier lui rendait, le soir. »[1] Au matin du 7 juin, Marcelle Paul a dit avoir vu Neuccera frapper Bettiol à coups de pieds et de hache. Me McAvoy, avocat de la défense, a ensuite livré sa plaidoirie afin de soulever les contradictions de certains témoignages. En fait, les médecins avaient été incapables de s’entendre sur l’heure de la mort ni le degré de décomposition du cadavre. Le criminaliste a brièvement tenté de plaider la légitime défense en disant que Bettiol avait provoqué Neuccera en lui réclamant « l’argent qu’une femme lui a volé et qu’on n’a jamais revue. »[2]
Le procureur de la Couronne, Me Lafortune, s’en est tenu aux faits, rappelant principalement que si la victime avait été volée par une femme dont l’identité demeurait un mystère il fallait retenir que Neuccera avait commis le meurtre. Dans l’après-midi du 7 juin 1918, le jury a délibéré durant 25 minutes. Fuda a été acquitté alors que Neuccera a été reconnu coupable de meurtre. Le juge Archambault a brisé la tradition en omettant (volontairement?) de se coiffer du tricorne et d’enfiler les gants noirs pour lire la sentence de mort. La Patrie a écrit pour l’occasion : « le procès de Neucerra est l’un des plus expéditifs que nous ayons eus à Montréal. Commencé jeudi matin il s’est terminé hier après-midi par une condamnation à mort. »
C’est à la prison de Bordeaux que Neuccera a été pendu à 8h01, le 27 septembre 1918 alors qu’une douzaine de policiers montaient la garde dans la cour. C’est en protestant son innocence jusqu’à la toute fin qu’il a marché vers l’échafaud.
[1] La Patrie, 7 juin 1918.
[2] La Patrie, 7 juin 1918.

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