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1922, 26 janvier – Mme A. Bergeron, 60 ans

  • 12 déc. 2024
  • 3 min de lecture


Homicide sans discernement commis lors d’un vol – battue à mort – séquestration

Montréal, 328 rue Beaudry – 1 SC

Alfred Dagenais et Édouard Frellier, condamnés à mort, sentence commuée; Corinne Saint-Jean et Joseph Duguay, acquittés.

Le 26 janvier 1922, une jeune femme du nom de Corinne Saint-Jean est allé veiller chez Mme A. Bergeron, 60 ans, qui habitait au 328 rue Beaudry à Montréal. Au cours de la soirée, vers 21h30, trois hommes ont fait irruption dans l’appartement. Les deux femmes ont été ligotées. Mme Bergeron a été sévèrement battue à la tête pendant que l’un des voleurs parvenait à extirper l’argent qu’elle cachait dans l’un de ses bas. Après le départ des trois mystérieux voleurs, Corinne a enfin sonné l’alerte. Il était cependant trop tard pour Mme Bergeron, qui a succombé à ses blessures avant l’arrivée de la police.

       Les enquêteurs ont mis plusieurs mois avant de comprendre que Corinne Saint-Jean s’était fait complice du vol, ce qui expliquait d’ailleurs pourquoi elle s’en était bien sortie. Peu après, on a procédé aux arrestations de ses complices : Alfred Dagenais, 31 ans, et Édouard Frellier, ce dernier étant soupçonné d’avoir asséné les coups à la tête de la victime.

Le procès conjoint de Dagenais et Frellier s’est ouvert le 13 février 1924 au palais de justice de Montréal devant le juge Charles A. Wilson.  Me R.-L. Calder représentait la Couronne, tandis que les accusés étaient défendus par Me Léonce Plante. Corinne Saint-Jean a raconté avoir vécu avec Frellier durant deux mois après le meurtre. Selon elle, en entrant chez Mme Bergeron, Dagenais aurait dit à Frellier « fais pas le fou, Ti-Noir, on est mieux de s’en aller. » Puis Frellier aurait confié à Corinne : « si tu parles, je vais te crucifier. » Plus tard, lorsqu’elle l’avait menacé de tout révéler aux autorités s’il continuait de la battre, Frellier l’a amené à la campagne pour l’y séquestrer durant un mois dans une maison de la rue Vitré, « où on l’occupait à préparer des prises de cocaïne. Elle déclara dans son témoignage qu’elle n’use pas de drogues mais que Frélier est cocaïnomane. »[1]

Me Plante a fait subir un contre-interrogatoire si serré au témoin Joseph Duguay que ce dernier a manqué de s’évanouir de fatigue, ce qui a obligé le juge Wilson à suspendre les audiences durant une quinzaine de minutes. Ensuite, Duguay a admis que Frellier avait bâillonné la victime en utilisant un morceau de tablier.

Marcelle Lemay, du 149 rue Saint-Laurent, a dit avoir vu les accusés arriver chez elle vers 3h00 de la nuit. Duguay lui a confié que lui et ses deux copains venaient de se battre dans une ruelle près de la rue Beaudry. Le juge et les journaux ont fait état de plusieurs mensonges et contradictions racontés pendant le procès. Puis le constable Paul Sanscartier a avoué sous serment que des vêtements retrouvés sur la scène de crime venaient d’être brûlés en raison du déménagement de la morgue, ce qui a fait dire au juge Wilson : « je constate que quelque chose manque quelque part. Les officiers devraient faire les constats de façon plus intelligente. »

Juste avant la tombée du verdict, Dagenais a déclaré « je ne vois pas ce qu’on peut trouver contre moi dans les témoignages, je suis innocent. » Quant à Frellier alias Desjardins, il a simplement lancé : « je suis complètement innocent. Tout ce que je sais de l’affaire, je l’ai appris par Corinne Saint-Jean et les journaux. »[2] Au moment du verdict, Dagenais est apparu pâle avec une larme à l’œil, tandis que Frellier « fronçait le sourcil et semblait passablement désintéressé. » En prononçant le verdict de culpabilité, le jury a recommandé les arrestations de Corinne Saint-Jean et de Joseph Duguay pour complicité, ce que le juge Wilson s’est aussitôt empressé de faire. Peu après, il fixait la date de la double exécution au 16 mai. Leur peine a cependant été commuée en emprisonnement à vie au pénitencier Saint-Vincent-de-Paul.

En avril 1924, Corinne Saint-Jean et Joseph Duguay ont été acquittés devant le juge Perrault.[3]



[1] La Patrie, 15 février 1924.

[2] La Patrie, 16 février 1924.

[3] Le Devoir, 12 avril 1924.

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