1937, 16 août – Vilmont Brochu, 48 ans
- 26 déc. 2024
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Meurtre par passion – Empoisonnement
Saint-Méthode d’Adstock - ? SC
Marie-Louise Cloutier (ou Mme Adolphe Grondin), sa femme de 39 ans; et Achille Grondin, pendus.
Le 16 août 1937, c’est dans sa maison de Saint-Méthode d’Adstock que Vilmont Brochu est décédé en tenant la main de sa femme, Marie-Louise Cloutier. L’homme était âgé de 48 ans. Sa veuve en avait 39. Malgré ses problèmes de déglutition, il avait accepté jusqu’à la toute fin les médicaments que lui administrait son épouse.
Le lendemain, 17 août, Marie-Louise s’est dirigée vers Thetford Mines pour prendre les arrangements funéraires, s’acheter des vêtements de deuil et encaisser les 500$ de l’assurance vie. De ce montant, elle a déboursé 15$ pour le cercueil et 55$ pour l’embaumement, un prix que Bizier[1] considérait comme élevé pour l’époque puisque seul le curé avait eu droit à des funérailles aussi coûteuses par le passé. Mais les commérages se snt emparé de l’affaire, au point de soupçonner la veuve d’être amoureuse d’un autre homme. Vilmont Brochu était à peine inhumé que sa veuve engageait Achille Grondin pour effectuer des travaux à la maison. Dès septembre, celui-ci habitait avec elle et il a poussé l’audace jusqu’à demander conseil au curé pour savoir s’il pouvait épouser Marie-Louise. Celui-ci lui a plutôt suggéré de réfléchir.
Le 10 octobre 1937, le couple est revenu devant le curé. Apparemment épuisé par les ragots, ceux-ci désiraient se marier sur-le-champ. La cérémonie s’est déroulée cinq jours plus tard, ce qui a eu pour conséquence d’alimenter davantage les rumeurs. Parmi elles, on racontait que Brochu avait certainement été empoisonné. Selon Bizier, ce serait un article publié dans Le Soleil le 5 novembre 1937 qui aurait mis une pression suffisante pour que la machine judiciaire se mette en marche. Devant ces rumeurs, Marie-Louise a lancé à certaines personnes des phrases qui allaient plus tard l’incriminer, entre autres en laissant croire qu’elle aurait peut-être utilisé du poison.
Le 30 octobre 1937, le Dr Jean-Marie Roussel, médecin légiste de l’Institut médico-légal de Montréal, débarquait à Saint-Méthode pour superviser l’exhumation du corps. Les analyses étant faites, c’est au début de décembre que le couple a été arrêté. Le procès de Marie-Louise Cloutier s’est déroulé à Saint-Joseph-de-Beauce du 20 septembre au 8 octobre 1938 devant le juge Noël Belleau. Me Noël Dorion et Me Antoine Lacoursière représentaient la Couronne. Quant à elle, l’accusée était défendue par Me Rosaire Beaudoin. Les témoignages ont permis d’apprendre que tout avait débuté en 1936, lorsque Vilmont Brochu avait avoué à sa femme l’avoir trompé. Celle-ci lui avait cependant pardonné sous promesse de ne plus recommencer. Toutefois, en février 1937, il se serait vanté d’une autre conquête qui durait depuis six mois.
Marie-Louise rêvait apparemment de séparation depuis un certain temps, au point d’économiser afin de préparer son départ. À la même époque, Achille Grondin apparaissait dans les environs, ce qui alimentait les rumeurs, d’autant plus que ce jeune homme avait tout pour plaire. Finalement, Marie-Louise s’était installée à Magog. Mais Vilmont aurait démontré son intention de revenir auprès de sa femme. En mars, c’est avec l’intervention d’un prêtre que Marie-Louise se serait laissé convaincre de revenir à Saint-Méthode. Vilmont lui promettait de la faire vivre de manière plus convenable, au point de liquider une partie de ses biens pour louer une maison au village au prix de 3$ par mois, ce qui, selon Bizier, était une somme importante en cette période de crise économique. Certains témoins diront l’avoir vu pleurer pour supplier le retour de sa femme. Toutefois, on a également raconté au procès qu’à la même époque Marie-Louise s’était renseignée à savoir si lors d’un embaumement on retirait tout le sang du cadavre.
Puis, avec l’arrivée de l’été 1937, Marie-Louise s’était découverte une soudaine passion pour le jardinage, au point de devoir acheter de l’arsenic pour protéger ses tomates. Le témoin Noëlla Grondin a dit sous serment qu’en juillet 1937, au moment où Brochu passait son chemin, Achille Grondin lui aurait dit « regarde-le bien. C’est la dernière fois qu’il passe de la viande. »[2]
Quant aux preuves de l’empoisonnement, on a découvert qu’en janvier et juillet 1937 Brochu se serait plaint de douleurs à l’estomac. En juillet, les douleurs étaient apparues après que Marie-Louise lui ait servi un généreux repas. Le Dr Gérard Roberge lui a diagnostiqué une gastrite aigue alors que peu de temps après il était hospitalisé à Thetford Mines durant cinq jours. En revenant chez lui, son état avait continué de se détériorer. Il croyait tellement que sa dernière heure était arrivée que le 2 août il avait accepté de remettre à sa femme la police d’assurance. Le Dr Roussel dira avoir découvert suffisamment d’arsenic sur les restes de Brochu qu’il fallait écarter la possibilité de la gastrite. Ce constat a donc pu établir que les trois médecins qui avaient examinés Brochu de son vivant n’avaient pu déceler la véritable cause de son mal. Comme de raison, la Couronne a été incapable de présenter le moindre témoin direct à l’empoisonnement.
Lorsque les douze jurés sont revenus dans le prétoire pour annoncer que Marie-Louise était coupable, celle-ci a seulement déclaré « je ne suis pas coupable » au moment où le greffier lui a demandé si elle avait quelque chose à dire. Le juge l’a condamné à être pendue le 3 mars 1939. Me Beaudoin a porté la cause en appel mais celle-ci a décidé de maintenir le verdict, ce qui a reporté l’exécution une première fois au 23 juin 1939. « Cependant, la dissidence du juge Antonin Galipeau donna à Marie-Louise Cloutier la possibilité d’aller jusqu’en cour suprême [sic]. On espéra que la visite royale donne grâce à Marie-Louise mais, de sursis en sursis, elle devait être exécutée dans la cour du pénitencier de Bordeaux, au matin du vendredi, 23 février 1940. »
Le procès d’Achille Grondin, 46 ans, s’est tenu du 3 au 26 novembre 1938 à Saint-Joseph-de-Beauce devant le juge Noël Belleau. Reconnu coupable, il a été pendu le même jour que son épouse Marie-Louise. En fait, il est monté sur l’échafaud à 7h00 au matin du 23 février 1940 alors que Marie-Louise l’a fait une quinzaine de minutes plus tard. Après leur mort, on aurait découvert dans les effets personnels des deux suppliciés des volumes de sorcellerie.
[1] Hélène-Andrée Bizier, La petite histoire du crime au Québec, 1981.
[2] Bizier, op. cit., p. 221.


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