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1937, 21 mars – Adrienne Dulude, 31 ans

  • 26 déc. 2024
  • 4 min de lecture


Homicide situationnel commis lors d’un vol – strangulation au lien (ceinture)

Saint-Antoine-de-Longueuil – 1 SC

Gaétan Choquette, son ouvrier agricole de 20 ans, pendu.

            Adrienne Dulude avait épousé le cultivateur Henri Brosseau à Longueuil le 29 septembre 1928. Maintenant âgée de 38 ans et veuve depuis cinq mois, elle s’occupait de ses cinq enfants en plus de la ferme familiale située à Saint-Antoine-de-Longueuil. Gaétan Choquette, un jeune homme de 20 ans, y travaillait comme garçon de ferme. Au matin du 21 mars 1937, Adrienne a été retrouvée morte par ses enfants. On l’avait vraisemblablement étranglé au cours de la nuit avec l’aide d’une ceinture. Elle était étendue dans son lit, du sang s’écoulait de son nez et de ses yeux. La chambre était en désordre et le contenu des armoires était étalé sur le plancher. Près d’un placard, les détectives ont trouvé 283$ dans une sacoche. Par contre, il manquait 4$ ou 5$ dans un tiroir.

            Gaétan Choquette, qui avait soudainement disparu, a rapidement été arrêté grâce à la vigilance d’un cultivateur du nom de Jean-Jacques Gravel. Le jeune homme a d’abord livré une version selon laquelle il avait été drogué par deux inconnus qui s’étaient chargés de tuer la veuve, mais cette histoire n’a pas tenu la route très longtemps. On a même pensé un instant à exhumer le corps de M. Brosseau, puisqu’on soupçonnait Choquette de l’avoir empoisonné. Son procès s’est déroulé au palais de justice de Montréal du 17 au 20 mai 1937 devant le juge Wilfrid Lazure. Choquette, dont l’apparence laissait croire qu’il pouvait avoir seulement 17 ans, semblait inquiet durant les audiences. Du côté de la défense, on retrouvait les avocats Mes Lucien Poulin et René Duranleau. Pour la Couronne, le ministère public comptait sur les criminalistes Fournier et Gagnon.

Le juge a admis en preuve les déclarations que l’accusé avait faites aux détectives. « Rarement a-t-on vu les jurés se retirer aussi souvent du procès que durant celui-ci », a souligné La Patrie. Le moment culminant s’est produit au cours de la journée du 19 mai lors « du témoignage du petit bout d’homme fort intelligent pour son âge ». Ce jeune témoin était Jean-Guy Brosseau, 7 ans, le fils de la victime. « Le juge n’exige pas que l’enfant prête serment mais le déclare assez intelligent pour éclairer la justice et rendre témoignage. Alors l’enfant raconte ce qui se passe dans la nuit du 22 au 23 mars. Il alla se coucher en haut comme d’habitude vers les huit heures. À une heure, (il précise l’heure, car il regarda l’horloge dans la cuisine d’hiver), il descendit pour donner la « suce » à sa petite sœur Françoise. Il tenta de réveiller sa mère, mais voyant qu’elle ne bougeait pas il éteignit la lumière qu’il avait allumée dans la cuisine, et monta se recoucher. »

            Triste constatation, sa mère lui avait appris à lire l’heure une dizaine de jours avant le drame.  Mlle Célia Dulude, qui habitait avec la victime depuis la mort de son mari, est venu dire sous serment que Choquette empochait un salaire de 12$ par mois en travaillant pour la veuve.

            Au matin du 20 mai, alors que le prétoire était rempli à craquer, la Défense a présenté sa preuve, qui a été plutôt brève. En fait, elle s’est contentée de faire entendre des experts « pour fixer exactement l’heure de la mort de la victime. Le docteur Simard et le docteur François de Martigny vinrent déclarer comment on pouvait fixer l’heure de la mort d’une victime d’après son autopsie. Mais c’est approximatif. »[1] C’est seulement ensuite qu’on a appelé le Dr Rosario Fontaine qui, « sur une question de la défense, quant à savoir s’il y avait eu intimité entre la victime et l’accusé, il déclara que, d’après l’autopsie, il n’y en avait pas eu. Quant à l’heure de la mort il dit qu’il est possible de la fixer par la digestion des aliments dans l’estomac. Puis il y a la rigidité du cadavre : si c’est une personne grasse, elle sera lente, si c’est une personne maigre elle sera rapide; de plus si la personne est couverte il y aura une chaleur relative à l’intérieur qui sera conservée; la rigidité est causée, dit-il, par l’albumine qui se répand dans les muscles et par la coagulation du sang. Rien ne marche plus, donc il y a coagulation. »[2]

            Après les plaidoiries de Me Jacques Fournier de la Couronne, de celle de Me Lucien Poulin de la Défense et les directives du juge, ce qui a duré à peine deux heures, le jury s’est retiré pour délibérer. Peu après, le verdict est tombé : coupable. Lorsque le juge lui a demandé s’il avait quelque chose à déclarer, Choquette a répondu : « je n’ai rien à dire. » À 16h20, le juge Lazure fixait la pendaison au 20 août tout en laissant échapper : « votre crime est monstrueux parce que vous avez pu commettre d’autres crimes que je soupçonne. » Choquette, devant une sale « archi-comble » est resté impassible pendant que son visage pâlissait. Escorté de quatre gardes, il a pris le chemin du couloir de la mort à la prison de Bordeaux. Mes Poulin et Duranleau ont aussitôt annoncé qu’ils porteraient la cause en appel, principalement en raison du jeune âge du condamné.

Quoi qu’il en fût, le jeune meurtrier a été pendu à la date prévue à la prison de Bordeaux. Il est monté sur l’échafaud à 8h00, et 18 minutes plus tard son décès était confirmé par le Dr Barrette.[3]



[1] La Patrie, 20 mai 1937.

[2] La Patrie, 20 mai 1937.

[3] La Patrie, 20 août 1937.


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