1991, 1er juin – Germaine Désilets, 82 ans
- 30 nov. 2025
- 6 min de lecture
Homicide situationnel commis envers une personne âgée - ?
Montréal, Saint-Léonard, 5799, est, rue Jean-Talon, app. 17 - 1 SC
Non élucidé.
Le 1er juin 1991, vers 11h00, des bénévoles rattachés à un comité de Saint-Léonard se consacrant aux visites auprès des malades, se sont rendus chez les sœurs Désilet à l’appartement 17 du 5799 est, rue Jean-Talon, à Saint-Léonard. On s’inquiétait du fait que l’une des deux sœurs, Germaine Désilet, devait répondre à une invitation concernant sa participation à une soirée festive. On avait tenté de la joindre à plusieurs reprises par téléphone mais la ligne sonnait continuellement engagée. Les bénévoles ont dû faire appel au concierge, Simon Lamarche, afin de pénétrer à l’intérieur du logement. « Constatant un désordre dans l’appartement, ils ont tenté d’ouvrir la porte de la chambre à coucher. Le concierge a pu voir une personne menottée, couchée à plat ventre tandis qu’une autre obstruait la porte d’entrée. »78 On a immédiatement contacté le 911.
Un technicien (selon le coroner) ou un policier (selon La Presse) serait entré par la fenêtre du balcon pour voler au secours d’Émilienne Désilets, également bâillonnée et menottée. Émilienne, 75 ans, était handicapée et se déplaçait en fauteuil roulant. Selon le coroner Michaud, elle présentait « un état de déshydratation très important. » Elle a immédiatement été conduite à l’hôpital Maisonneuve-Rosemont. En fait, les deux sœurs se trouvaient dans cette position depuis cinq jours. Dans le cas de Germaine, le Dr Jacques Pyram ne put que constater le décès à 12h01, le 1er juin.
Une fois Émilienne rétablie, elle a raconté être sortie de l’appartement vers 10h30, le 27 mai 1991, pour vérifier son courrier. À son retour au logement, elle s’est retrouvée face à quatre individus. Sa sœur Germaine était déjà menottée, bâillonnée et attachée sur le plancher de la chambre. Émilienne a aussitôt subi le même sort. Les quatre suspects, qui portaient des gants, ont volé les bijoux et l’argent avant de quitter les lieux.
En plus de ces détails qui ne paraîtront jamais dans les journaux, l’enquête du coroner nous dit aussi qu’à 11h48, toujours le 27 mai, le « 911 reçoit l’appel numéro 91052701912 et lorsque les préposés répondent 911 Nine One One, l’homme au bout du fil répond Oui et … check at 5799 Jean-Talon East, the third floor, there’s et … two ladies just got robbed. Le préposé actionne le rappel automatique mais personne ne répond. Terminé à 11 :49 :05. Cassette 5 à 15. Suite à cet appel anonyme provenant d’une cabine téléphonique de la station de métro Iberville, le message est relié à deux patrouilleurs de la SPCUM poste 54. Le répartiteur leur mentionne que deux femmes auraient été volées au 3ème étage du 5799 Jean Talon Est. Ils arrivent sur les lieux à 11h56. Après être montés au 3ème étage, ils ont vérifié le corridor, n’ayant pas de précision concernant le numéro d’appartement. Il n’y avait rien d’anormal selon le rapport. Aucun bruit suspect ou autre. Aucune odeur. Aucun témoin n’a été vu sur place. Ils sont redescendus et ont quitté à 12h05. »79
Est-ce qu’une investigation plus poussée de la part de ces deux policiers aurait pu sauver la vie de Germaine Désilets?
Le même jour, à 16h53, « le constable Gauthier du poste 54 dit qu’il vient de recevoir un appel anonyme d’un monsieur qui lui dit qu’au 5805 Jean-Talon Est, appartement 7, il y aurait deux bonnes femmes attachées. La préposée dit qu’elle envoit [sic] quelqu’un voir ça. Il s’agit ici de l’appel no 9105270362. Suite à cet appel 91052703262, un policier du poste 54 se rend donc au 5805 Jean Talon Est, appartement 7 et y arrive à 16h45. On lui a dit que deux femmes y seraient attachées à l’intérieur. Il fait le tour, rencontre un couple âgé et constate qu’il ne semble y avoir rien d’anormal à cet endroit. Il quitte les lieux à 17h07. »
Germaine Désilets souffrait se sclérose en plaques et se déplaçait uniquement en fauteuil roulant. Quand on l’a retrouvée, elle était allongée par terre, au pied de son lit, « menottée aux pieds et aux mains, le corps ligoté avec du ruban adhésif, et bâillonnée ». Émilienne était aussi menottée et bâillonnée. « Elle avait des ecchymoses au visage, les lèvres gercées et les yeux bouffis. Comme elle était adossée à la porte de la même chambre, les policiers ont dû forcer la fenêtre pour y entrer ». Émilienne était à peine consciente à leur arrivée.
Selon le concierge Simon Lamarche, les sœurs Désilets étaient des femmes très sympathiques et habitaient ce logement depuis plusieurs années.
Selon l’enquête du coroner, Roger C. Michaud, « l’état de conservation et les circonstances entourant le décès suggèrent que la date de décès mentionnée ci-haut est compatible avec les faits ». Parmi les causes probables du décès, il en mentionnait trois : « asphyxie par suffocation, insuffisance respiratoire secondaire à une bronchopneumonie d’aspiration, agression physique par bâillon, menottes et immobilisation ». On y apprendre également que le corps a été identifié le 3 juin par Jacques Roy, le fils de la victime, qui s’est présenté à la morgue vers 12h30.
L’autopsie a été pratiquée le même jour par le Dr Claude Pothel. Celui-ci a aussi souligné le fait que Mme Désilet souffrait de sclérose en plaques. Son corps présentait un « début de changements putréfactifs, coloration verdâtre de l’épiderme autour de l’ombilic, du flanc droit et du quadrant inférieur droit de l’abdomen. Il y a plusieurs plaques de macération épidermique, friables et à divers endroits de la surface corporelle ». La description physique permet de savoir que Germaine pesait 123 livres et mesurant 5 pieds et 2 pouces, ce qui ajoute à sa vulnérabilité.
Quant aux blessures, dont les détails peuvent aider à comprendre un peu mieux ce qui s’est passé, on peut lire dans le rapport du coroner : « il y a plusieurs signes traumatiques sur la surface corporelle. Entre autres, un ruban gommé mesurant 5,2 cm de large recouvre la bouche et maintient en place un large morceau de tissu blanc qui sert de bâillon et qui déborde sur la joue droite. Il y a présence de vomitus brun jaunâtre sur les lèvres, les joues et autour des yeux. Il n’y a pas d’évidence de pétéchies au niveau des paupières, des conjonctives et de la muqueuse buccale. Le tissu blanc servant de bâillon est un t-shirt et la partie enfoncée dans la bouche mesure 6 X 5 cm. Ce tissu est souillé de vomitus. Il n’y a pas obstruction de la partie postérieure du larynx. Le ruban adhésif fait plusieurs fois le tour du thorax et de l’abdomen pour maintenir les bras. Il y a présence de plusieurs empreintes ecchymotiques au niveau de la surface corporelle ».
La victime présentait aussi une fracture de « la 5ème côte à droite en antéro-latéral », mais le coroner faisait aussi remarquer que les os étaient « friables et ostéoporotiques ». Selon certaines de ses conclusions, « il appert donc que les liens utilisés ont diminué la capacité de ventilation de la victime, ceci associée à la présence d’un lien sur la bouche et la présence d’un bâillon dans la bouche retenue par ce ruban gommé. Il y a eu asphyxie progressive par insuffisance respiratoire. Dans ces [sic] conclusion, le pathologiste, le Dr Claude Pothel note qu’il « est vraisemblable de croire à une période de survie plus ou moins longue, d’un minimum de 24 heures » ». On doit déduire de ces quelques détails que le ou les voleurs n’avaient pas l’intention de tuer Mme Désilet.
Chose peu courante dans les rapports de ce genre, le coroner fait mention de son hypothèse : « il est plausible que les individus qui ont perpétré le vol au domicile des sœurs Désilet aient averti, aussitôt leur méfait commis, les autorités du 911. Il va sans dire que le premier appel était incomplet quant aux directives. Par contre, il indiquait clairement le 5799 Jean-Talon Est 3ème étage. Les policiers sur les lieux n’ont fait que visiter le secteur sans s’informer de la présence de deux dames qui pourraient manquer à l’appel et ne se sont pas donnés la peine de vérifier. Comme le mentionne le pathologiste, il est également très plausible de penser qu’une vie humaine aurait pu être sauvée ».
Quant au second appel, « quoique beaucoup plus imprécis que le premier », il « aurait dû attirer l’attention des préposés du poste 54 », précisa encore le coroner Michaud.
Émilienne s’est finalement éteinte peu après l’agression, soit le 24 août 1992. Germaine était née le 23 novembre 1910.80



Commentaires